Histoire

Histoire et patrimoine

La décision de construire le complexe industriel de Lacq est prise en 1956 : quatre unités de production de gaz sont mises en service entre 1957 et 1960. Elles sont concentrées sur les terrains plats du Gave de Pau et dépendantes les unes des autres. Elles sont ainsi situées à proximité des axes de circulation et elles bénéficient de l’approvisionnement en eau du gave.

Entre 1957 et 1961, quatre pôles industriels sont conçus et construits à proximité des unités de production. La centrale Hermine à Artix utilise le gaz comme combustible ; l’usine d’aluminium Péchiney à Noguères utilise l’énergie électrique de la centrale d’Artix ; Aquitaine-Chimie s’installe à Pardies et Aquitaine-Plastiques à Mont.

Conjointement à ces pôles d’activités, de nombreuses entreprises de maintenance et de sous-traitance viennent s’implanter sur le complexe.

Si Mourenx-Ville-Nouvelle est avant tout le fruit du complexe industriel, elle s’inscrit toutefois dans le grand programme du Ministre de la Reconstruction. Mais pour la première fois sur le territoire français, il ne s’agit pas d’agrandir une ville ou de construire un nouveau quartier, mais bien de créer, sur un territoire vierge, une ville pour 15 000 personnes.

 

Organisation de la Cité

J.B. Maneval dessine le plan d’ensemble, le plan masse de la ville, en même temps qu’il réalise, avec l’architecte Douillet sous la direction de Coulon, les plans des logements. Le souci de rationalité, d’efficacité et de fonctionnalité est partout : dans l’organisation urbaine, dans les bâtiments et, avant tout, sur le chantier. Ainsi, dix mois s’écoulent entre la mise en chantier et l’arrivée du premier habitant. La ville se construit plus rapidement que le complexe.

Maneval conçoit la ville globalement et fixe, sur un plan masse, l’ensemble des éléments qui structurent l’espace et organisent la ville :

  • un noyau très vivant au centre avec une place, la mairie, le centre commercial, les services publics et l’église ;
  • 5 îlots d’immeubles collectifs composés d’une tour et de quatre ou cinq barres de logements ;
  • des lotissements avec des logements semi-collectifs ou individuels en périphérie et sur les hauteurs ;
  • des équipements qui complètent ces ensembles : écoles, commerces, équipements culturels et sportifs, deux immeubles pour les professions libérales, un hôtel de 200 chambres pour les célibataires et les hôtes de passage (la Tour des célibataires) ;
  • des circulations piétonnes et automobiles dissociées.

Le terrain choisi situé à côté du complexe est ingrat, marécageux, couvert d’ajoncs mais au pied du coteau et à l’abri des vents dominants. Les terrains, impropres à l’agriculture, se vendent rapidement, même si le préfet doit intervenir pour faire infléchir un des trois propriétaires. L’emplacement de la ville nouvelle est choisi ; elle peut s’organiser sur plus de 150 hectares.

Le centre ville est structuré autour d’une place centrale : la place des Pyrénées. L’espace libre de la place est renforcé par les immeubles qui la bordent, mettant en scène le jeu des « pleins et des vides » caractéristiques de l’urbanisme de Mourenx.

Services, commerces et équipements publics sont regroupés au centre, notamment les plus emblématiques et fédérateurs comme la mairie ou l’église. On y trouve également la Tour des célibataires, la plus haute de Mourenx, qui envoie à toute la plaine le signal visuel de la superbe et de la différence de sa ville.

Le centre-ville est entouré d’îlots formés d’une tour et de plusieurs barres. Une chaufferie, permettant d’alimenter l’ensemble de l’îlot en chauffage collectif, est placée à côté de la tour. Cette dernière, en plus de servir de repère visuel (reprise de l’image des clochers de villages) permet d’évacuer les fumées de la chaufferie au-dessus de l’ensemble de logements. L’espace central est voulu comme un terrain de jeu. Chaque îlot possède quelques commerces de proximité (boulangerie, épicerie, boucherie-charcuterie, tabac-journaux…).

L’habitat intermédiaire de Mourenx est essentiellement constitué de logements individuels en bandes : douze types architecturaux simples sont répétés sur l’ensemble du territoire communal. Mais quel que soit le type proposé, il s’adapte toujours parfaitement au terrain, suivant les courbes de niveaux, ici en différenciant les hauteurs entre la rue, la maison et le jardin, là en décalant les maisons les unes par rapport aux autres.

Beaucoup de maisons individuelles, groupées deux à deux, sont construites sur les hauteurs des coteaux. Souvent spacieuses et entourées de jolis jardins largement plantés, elles s’organisent le long de voies sinueuses qui s’intègrent aux coteaux et contrastent avec l’orthogonalité des rues de la « ville d’en bas ».

L’organisation du Paloumé est exceptionnelle, tant dans son urbanisme que dans le statut juridique de son foncier.

Il s’agit de belles maisons individuelles, disséminées dans un bois, sans clôture ni délimitation parcellaire. Le statut juridique des terrains n’a pas changé depuis leur création puisqu’ils sont toujours la propriété de la commune et entretenus par cette dernière.

Cette organisation urbaine, rationalisée à l’extrême, allant de la barre à la maison de luxe, répond à l’organisation sociale de l’usine :

  • l’ouvrier est dans la barre,
  • le contremaître dans la tour ; il s’élève au dessus de la barre,
  • les employés sont logés dans les maisons en bande,
  • les cadres dans les maisons individuelles, celles du Paloumé étant réservées aux directeurs d’usine.

Les mutations

Mourenx s’inscrit malheureusement dans un contexte national peu glorieux où les grands ensembles se délabrent et ont à faire face à de graves crises sociales. En 1977, un premier « plan banlieue » est lancé par J. Barrot, secrétaire d’Etat au logement. A la suite de l’embrasement des cités en 1981, l’opération « Banlieue 89 » est lancée. Elle propose aux collectivités des aides pour intervenir sur les espaces publics, la réhabilitation de logements, la construction de nouveaux équipements…

Mourenx profite de ce plan pour mener des opérations d’importance qui, en vingt ans, vont transformer la ville en profondeur : suppression de certaines barres, requalification des espaces publics, réhabilitation de tours et de barres, construction d’équipements (boulodromes, piscine, médiathèque…), création d’une entrée de ville économiquement attractive…

1991 : la fermeture de Péchiney

La fermeture de l’usine Péchiney est un véritable drame qui s’abat sur la plaine de Lacq, faisant resurgir l’idée que la ville de Mourenx ne survivrait au-delà de l’exploitation du gisement.
Des centaines d’employés voient roder le spectre du chômage. Mais le contexte économique de l’époque est favorable et Péchiney s’engage à reclasser l’ensemble des salariés. Grâce au travail conjoint de la municipalité et des collectivités locales, de nouvelles entreprises s’installent sur le bassin. La technologie de pointe, la recherche, notamment dans la pétrochimie, remplacent l’exploitation directe du gaz. Cette nouvelle dynamique génère la mutation économique de l’ensemble du complexe.

Une entrée de ville requalifiée

Inspirée par l’urbanisme américain des années 80, la commune de Mourenx se dote, dans les années 90, d’un parkway à l’entrée de la ville. Structuré de part et d’autre d’un axe routier paysager, il accueille, dans un cadre agréable et valorisant, les entreprises désireuses de s’implanter à proximité du complexe et de la ville. Quatre giratoires annoncent l’entrée progressive dans la ville, grâce à un décor qui va crescendo, de plus en plus complexe et recherché.
Cette entrée de ville symbolise l’avenir vers lequel se tourne désormais la ville de Mourenx.

Une « ville verte »

Au-delà du béton qui marque fortement son image, Mourenx reste une ville construite à la campagne. La juxtaposition de l’urbain et du rural (forêts, champs de maïs, vergers de kiwis, pâturages), particulièrement visible des coteaux et notamment depuis le belvédère, est saisissante et participe à procurer la sensation d’une ville verte. La végétalisation de la ville est une volonté permanente depuis la création de Mourenx. De vieux arbres (chênes, châtaigniers…) ont été conservés lors de la construction de cette dernière et la municipalité n’a eu de cesse de prolonger le développement des espaces verts dans ses aménagements et grâce à la création de parcs urbains.

La ville renouvelée

De « ville-dortoir » ou « ville-champignon », Mourenx-Ville-Nouvelle est devenue une ville à part entière.

Après 50 ans d’existence, Mourenx connaît une série de déséquilibres urbains et sociaux dus notamment à la sur-représentation du logement social collectif dans le centre ville et au vieillissement de ce parc. La structure urbaine est figée, labyrinthique, et la forme bâtie très typée. Les opérations de réhabilitation qui se sont succédées n’ont pas été de nature à modifier l’image de la ville.

Le premier acte de la volonté municipale de renouvellement urbain a été la démolition de la tour de l’Aubisque le 18 avril 2002.

Par ailleurs, la rareté du foncier et les sites industriels proches font peser de lourdes contraintes sur les possibilités de malléabilité du cadre actuel.